AOUT – SEPTEMBRE 2026 / BEATRIZ GARRIGO, L’âme catalane – Textes Vincent Jousseaume

La lumière et les ciels bleus de Barcelone, qui accompagnaient Beatriz Garrigo quand elle s’échappait de la faculté des Beaux-Arts pour peindre en plein air, sont les mêmes que ceux des Pyrénées-Orientales françaises où elle a installé son atelier. C’est en autodidacte quelle a appris la céramique. Elle connaissait depuis toujours la production de La Bisbal d’Empordà, et c’est naturellement qu’elle a choisi de travailler cette terre rouge, extraite des carrières de ce village potier de Catalogne. que l’on perçoit sur les contours ou dans certaines incisions de ses pièces. Mais ce qui frappe d’abord dans les créations de Beatriz Garrigo, c’est la couleur. Franche et intense, elle est posée en aplat et de manière économe – trois ou quatre tons, rarement plus, mais toujours choisis avec soin. Elle entretient depuis toujours un dialogue ininterrompu entre la peinture quelle pratique encore et sa création céramique. Mais si les pinceaux, la palette ou les motifs glissent du papier à la terre crue, les deux pratiques sont, pour elle, différentes: spontanéité et défoulement pour la peinture. lenteur et concentration pour le tournage et les décors réalisés à l’engobe par petites touches. Le style saffirme simple, presque naif. Pourtant, l’obtenir n’est pas si aisé et nécessite une certaine assurance dans l’art de la composition. Beatriz Garrigo appréhende le monde avec un bonheur enfantin et le traduit de manière directe dans une économie de langage, comme le peintre catalan Joan Miró dans ses tableaux. Ce qui l’inspire et la passionne, cest ce qui l’entoure, dans les montagnes où elle vit. La céramiste porte une grande attention à la présence des oiseaux. Elle les observe dans les arbres, les voit se contorsionner pour attraper feuilles et brindilles qui leur permettront de fabriquer leur nid. C’est ce joyeux foisonnement qu’elle peint sur ses grands plats, cruches ou hautes jarres. Parfois, des poissons les rejoignent, ceux aperçus dans les ports. C’est peut-être cela l’âme catalane: une poésie nourrie de paysages où la mer et la montagne se réunissent et où les couleurs convoquent la galeté. Dans le calme de son atelier, se remémorant les gestes de son grand-père ébéniste et de sa mère couturière. Beatriz Garrigo reconnait que les journées ne sont jamais assez longues pour exprimer toutes «ces choses simples » qui lui viennent à l’esprit mais quelle seule a retenues.











