Robb Report Antoine Vignault OAK

ROBB REPORT

OAK Maître de l’Unique: Conversation avec un créateur d’objets rares, Antoine Vignault.

Le designer français réalise ses éditions limitées sans prendre de raccourcis.

Par ARIANNE NARDO @ROBB REPORT 23 Septembre 2017

Les designers français ne se réfèrent jamais à leurs créations en tant que «produits». C’est un terme américain avec des implications sans saveur. Aux plus hauts niveaux de l’artisanat, les objets se chargent d’une part de merveilleux et n’ont plus de vocation strictement commerciale. Antoine Vignault ne néglige pas la technique: plus galerie d’Art que grand public, plus audacieux que terre-à-terre, les pièces du designer portent avec elles le registre traditionnel du collectionneur dans un monde superbe où la force et la précision l’emportent, quel que soit le l’époque et le lieu.

Antoine Vignault, fondateur de OAK, a commencé à proposer quelques pièces signées en édition extrêmement limité dés 2014, bien qu’il oeuvre pour les décors d’exception sur mesure depuis plus de deux décennies. Employant les meilleurs savoir-faire d’ébénisterie, de marqueterie, de gainerie, de bronze d’art, de verre et de céramique, la collection est aussi originale et fonctionnelle que possible. Nous avons interrogé le designer, dont le studio est «situé entre l’océan et les vignobles millénaires», sur l’histoire, l’influence et la création d’un mobilier avec une âme.

Racontez nous votre parcours créatif.

Aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours eu envie de créer et de produire. Tout d’abord, j’ai étudié l’ingénierie mécanique, où j’ai appris à créer des objets fonctionnels de l’intérieur vers l’extérieur. Assez rapidement, j’ai acquis une certaine fascination pour les liens entre la fonctionnalité et la forme, et toutes les possibilités offertes par une perspective artistique. C’est pourquoi j’ai suivi des études supérieures en design industriel puis une spécialisation en design mobilier.

Pourquoi avez-vous choisi de créer des meubles plutôt que de vous concentrer sur un autre type de design?

Depuis mon plus jeune âge, je suis fasciné par l’archéologie et l’histoire des premières civilisations. L’incroyable beauté intemporelle des artefacts exposés dans les plus beaux musées du monde m’a aidé à choisir mon chemin. . . la plupart de ces pièces faisaient partie des arts décoratifs. J’ai toujours gardé à l’esprit cette idée que des objets utiles peuvent être considérés comme des oeuvres d’art.

Comment décririez vous le style de vos creations?

Je suppose qu’il y a aussi une sorte de beauté intemporelle dans mes œuvres – une combinaison pointue de références historiques, de symboles sacrés et de finitions précieuses. Le genre de style qui peut correspondre avec les pièces les plus raffinées de tous les âges et probablement hors des tendances éphémères.

Qu’est ce qui inspire votre travail?

Je m’intéresse aux thèmes comme le cosmos, la géométrie sacrée mais aussi les anciens mythes et légendes ou la philosophie – toutes ces sciences de la connaissance où un alchimiste moderne pourrait trouver des références pour sa quête..

Comment la nouvelle attention portée à l’artisanat d’Art a-t-elle influé sur votre démarche et le type de commandes que vous recevez?

Il y a toujours eu un intérêt majeur pour le travail manufacturé de la part d’hommes et de femmes cultivés qui sont capables de reconnaître la valeur potentielle d’une œuvre sans lire une signature ou un prix. Aujourd’hui, l’accès à la connaissance est plus démocratique et donne plus de visibilité au talent. Néanmoins, la qualité est encore trop confidentielle.

Pourquoi préférez vous produire une collection d’œuvres en édition limitée plutôt qu’une production industrielle?

Plus que des éditions, chaque pièce est véritablement unique car réalisée sur demande. Chaque production recevra probablement quelques ajustement, et modifications de teinte ou de détails, ce qui leur assurera leur originalité. C’est pourquoi OAK est aussi l’acronyme de one-of-a-kind. Cette approche est nécessaire pour garder la dimension sacrée que vous ne trouverez jamais dans le design industriel. Quand j’ai lancé mon studio, j’avais déjà de nombreux carnets de croquis remplis d’idées que j’aimerais explorer. Donc quand une « série » est épuisée, je préfère construire un nouveau concept plutôt que de développer une gamme avec le même ADN.

Quels types de techniques sont utilisés dans vos meubles?

Je suis fasciné par la patine qui pour moi augmente la beauté et la valeur des matériaux naturels avec le temps. Je ne suis pas un adepte de la résine et des matériaux de synthèse qui ont une obsolescence planifiée, de quelques mois à quelques dizaines d’années, et sans aucune option pour les restaurer. C’est pourquoi j’essaie d’explorer de nouvelles façons d’enrichir les bois, les métaux, les peaux, les pierres ou le verre avec des finis innovants.

Comment voyez-vous la façon moderne de collectionner – que ce soit de l’art, des meubles ou des voitures anciennes?

Je pense qu’il existe autant de façons de collectionner que de collectionneurs. Ce n’est pas un comportement rationnel, donc ce serait une erreur de le formater. De mon point de vue, je préfère me concentrer sur des pièces qui attirent non seulement votre attention au premier regard mais également sous des angles et des éclairages différents sans prendre en compte le discours de la plaquette d’identification. Si vous êtes toujours fasciné par une pièce après cette inspection, ce devrait être un bon choix et il devrait correspondre au suivant, même s’il ne s’agit pas de la même catégorie.