Roland Daraspe

Chaudronnier puis mécanicien en aéronautique, verrier avec un artiste américain, et orfèvre!
Il a fabriqué des bijoux puis poursuivi avec le métal puisqu’à l’origine il avait appris cette technique. Ensuite, il y a eu évolution naturelle, sans cesse remise en cause. L’incertitude de la création, mais la certitude d’être…

En 1992, une rétrospective de quinze ans de son travail est présentée par Jacqueline du Pasquier, conservateur en chef, au Musée des arts décoratifs de Bordeaux. Cette reconnaissance a décuplé sa motivation et les commandes de plus en plus exigeantes qui ont suivi ont aiguillonné son imagination, l’ont obligé à reculer sans cesse ses limites, à tendre vers plus de recherche et d’aboutissement. Le même musée, sous l’égide de Bernadette de Boysson, couronne en 2008 l’oeuvre de la maturité. De nombreux prix et la réception à l’Académie des Sciences, Belles Lettres et Arts de Bordeaux jalonnent le parcours que ses pairs ont reconnu comme celui d’un artiste contemporain. Désormais, on reconnaît son style – un équilibre entre élan, légèreté, et une évidence forte. Quelque chose de plutôt intemporel aussi, sans qu’il ne le recherche consciemment.

Le travail de Daraspe est basé sur la création, et celle-ci passe par de multiples phases, de dessins, de certitudes, de doutes, de recherches, d’échecs les plus variés. Il sait qu’il doit accepter qu’avant de réaliser le projet qu’il veut beau, superbe, il passera par des phases d’austère labeur, de martèlement assourdissant au fil des jours. La certitude d’y arriver lui fait dépasser ces côtés répétitifs, astreignants. Pour lui, l’art est travail, et non concept. Avec le temps lui sont venues une force et une assurance irréductibles et il sait que le côté magique de la transformation entrera en jeu, que cela en deviendra euphorique. Les phases physiques sont incontournables, elles sont là pour être surmontées, la matière doit être domptée, il faut lui rentrer dedans, c’est un corps à corps, une bagarre où l’homme doit triompher. Il croit à la valeur thérapeutique du concret. Il aime qu’une pièce soit au point, bien finie, fonctionnelle, durable, agréable à l’oeil et au toucher. L’orfèvrerie doit être comme cela.

Mais le plaisir des yeux ne lui suffit pas. Comme le violon, l’objet doit avoir une âme. Elle ne peut naître que de la rencontre du concept, de la matière et de la main de l’homme, qui avec sa sensibilité intégrera l’amour. Du façonnage exigeant du métal, il reste quelque chose de vibrant dans l’objet, une partie de soi y est, visible, présente. Et c’est ce que sentent et aiment ceux qui choisissent ses créations.